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LUTUMBA SIMARO Cet homme a écrit certaines des plus belles chansons du Congo. Et il n’a jamais posé sa voix sur une seule d’entre elles.

Lutumba Simaro, né le 19 mars 1938 à Léopoldville, quitte à vingt ans son emploi de bureau à la SEDEC (Société des Entreprises Commerciales du Congo Belge) pour la guitare.

En 1961, Franco l’appelle dans l’OK Jazz. Il y restera 37 ans, à la place la plus discrète de l’orchestre : la guitare d’accompagnement. Celle qu’on n’entend pas. Celle sans laquelle rien ne tient.

En 1974, sa chanson « Mabele » bouleverse le pays. Nous venons de la terre, nous y retournons, écrit-il. Sam Mangwana la chante, mais ce sont les mots de Simaro que le Congo apprend par cœur.

On le surnomme le Poète, puis Masiya, le messie. Dans cette chanson, il demandait qu’un buste soit érigé après sa mort. Le Congo le lui a offert de son vivant, avec une avenue à son nom.

Être poète a un prix. La gloire de « Mabele » aurait valu à Simaro la jalousie de Franco.

Et à la fin des années 70, Makala : la prison, avec Franco et d’autres musiciens, pour des chansons jugées obscènes par le pouvoir.

À la mort de Franco en 1989, il reprend le TP OK Jazz, puis fonde Bana OK en 1994.

En 2008, pour ses 50 ans de carrière, il enregistre « Salle d’attente » avec Mbilia Bel et un certain Ferré Gola.

Le vieux poète tendait déjà la main à la génération suivante.

Il s’est éteint le 30 mars 2019 à Paris. Mais un homme qui a passé sa vie à écrire pour la voix des autres ne meurt jamais tout à fait : il chante encore dans toutes les bouches.

Source : Alain Mabanckou

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